Capture d_écran 2017-04-08 à 13.10.47
Mariame Camara, directrice pédagogique de THOT**

À travers ces entretiens, je vous propose de découvrir des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. Ceux qui ont accepté ces échanges ont pour valeur commune la transmission de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. C’est aussi le but de cette rubrique.
Aujourd’hui, entretien avec Mariame Camara…


  • Bonjour Mariame, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Mariame Camara, professeure de FLE et directrice pédagogique chez Thot.
Thot est une école diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile. Nous préparons nos étudiants au DILF* ou au DELF* A1 et A2, sur 16 semaines.

* Diplôme initial de langue française ; Diplôme d’études de langue française

  • Parle-nous un peu de ton parcours…

Mon parcours est une suite de heureux hasards. J’ai enseigné pendant 7 ans et je me suis spécialisée dans l’enseignement du FLE à l’université. J’ai travaillé à Sciences Po, Polytechnique, la Sorbonne Nouvelle entre autres.

Un jour, un ami m’a parlé du projet Thot alors qu’il était encore en gestation. Imaad Ali m’a alors proposé de se joindre à lui pour construire la pédagogie de l’école et j’ai tout de suite été partante.
C’est comme ça que nous avons alors commencé à travailler sur le projet. Il fallait prendre en compte la contrainte du temps, le fait que nous nous adressions à un public dans l’urgence, qui avait besoin d’outils très rapidement. Nous avons donc défini les objectifs et les contenus.  Pour ce faire, nous organisions des réunions hebdomadaires après le travail pour mettre en place le projet.
Aujourd’hui, nous offrons une formule de 10h de cours par semaine avec l’implication de professeurs titulaires ainsi que de bénévoles. Nous en sommes à notre troisième session.

  • Quel est ton rôle et tes missions à Thot ?

Je suis directrice pédagogique, j’ai donc différentes missions.
Je veille à la construction de programmes pédagogiques solides. J’organise les tests de positionnement, les examens blancs et officiels.
Je me charge du recrutement des professeurs, je les aide et j’encadre leurs interventions dans les classes. J’organise aussi la formation hebdomadaire des bénévoles impliqués dans le projet Thot.
Enfin, je m’occupe du suivi pédagogique, de la qualité de l’enseignement et de l’amélioration du modèle.

  • Avec quels autres professionnels es-tu amenée à travailler ?

Je travaille avec les professeurs, pour tout ce qui est pédagogique, et je travaille conjointement avec la directrice de l’école pour les questions administratives et organisationnelles.
Nous travaillons aussi avec des professionnels qui peuvent aider les étudiants à d’autres niveaux. Par exemple, nous collaborons avec une psychothérapeute, ce qui nous permet de désengorger l’espace-classe des problèmes qui ne sont pas liés à la langue. Nous essayons de restreindre les interférences qui peuvent surgir en classe, le but premier est l’école, mais nous devons pouvoir aider nos étudiants à régler leurs problèmes.
Pour ce qui est de la partie légale, nous faisons appel à une avocate.
Une référente sociale aide les étudiants dans leurs démarches administratives : monter un dossier pour bénéficier de la CMU, se faire une carte vitale ou encore obtenir un Pass Navigo.
En plus de ces services, nous proposons divers ateliers, animés par des collaborateurs spécialisés dans leur domaine.
Une personne chargée de projet chez Pôle Emploi anime tous les samedis un atelier emploi. Elle aide les étudiants à définir un projet professionnel réalisable, les accompagne dans la création de leur CV, dans la rédaction de lettres de motivation ou encore les aide à postuler à une offre de formation.

Nous proposons aussi des ateliers artistiques une fois par semaine : chant, théâtre et dessin. C’est une manière de travailler le français en passant par un autre canal. D’ailleurs, pour la session que nous ouvrons en avril, nous avons décidé de regrouper ces séances artistiques sur une semaine, en organisant un stage de 10 heures auquel nous participerons tous (étudiants, bénévoles, professeurs et direction). Il s’agira de mettre en place un projet artistique en lien avec l’apport linguistique de la session. Nous souhaitons que les arts fassent partie intégrante du processus d’apprentissage. Pour ce faire, nous serons aidés de professionnels tels qu’un metteur en scène, une plasticienne ou encore une chanteuse. À la fin du stage, nous présenterons notre projet à la Gaité Lyrique.

  • Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ce que tu fais ?

Ce qui me passionne, c’est la réflexion qu’il y a derrière tout cela, le fait d’être en remise en question constante, de creuser sans cesse afin de trouver des solutions et d’améliorer l’enseignement.
Par exemple, la mise en place du niveau A2 a posé quelques problèmes. En effet, nous avons remarqué qu’à l’écrit, la plupart des étudiants n’ont pas les mêmes codes que nous, et qu’ils ne sont pas préparés au format du diplôme A2 (le fait de devoir justifier une réponse par exemple).  Ce ne sont pas des codes universels, nous nous devons donc de les aider à acquérir ces compétences, primordiales pour l’obtention de leur diplôme. Actuellement, nous travaillons dans ce sens, nous sommes en constante évolution.

  • Quelles seront les prochaines étapes pour Thot ?

Ouvrir plus de classes, aider plus de personnes. Nous avons actuellement 5 classes, le but serait de doubler nos effectifs, tout en conservant ce côté frais et intimiste qui fait notre identité. Il y a beaucoup plus de demandes que d’offres et nous ne pouvons pas accepter tout le monde, c’est très frustrant. Pour notre session actuelle, les places ont été prises en 45 minutes.

  • Comment vois-tu ton métier dans les années à venir ?

Ma fonction pourrait évoluer vers la formation de formateurs. Je voudrais pouvoir passer le flambeau, transmettre notre concept et notre philosophie à d’autres personnes afin qu’elles prennent le relais. Thot pourrait devenir un réseau, nous pourrions alors nous étendre au-delà de Paris et faire naître d’autres écoles Thot, partager notre savoir-faire tout en conservant les valeurs de notre concept.
Pour cela, il nous faudra trouver plus de fonds pour continuer à faire ce que nous faisons, mais à plus grande échelle.

  • Un mot pour te définir ?

Le « vivre ensemble ». C’est ce qui fait la force de notre école, on arrive à créer du lien avec des personnes qui sont isolées quand elles arrivent ici.

  • Un livre, une personne inspirante ?

Abd Al Malik et son livre Camus, l’art de la révolte. C’est le parrain de notre école. On est allés à son concert, toute l’école était invitée, 60 personnes, c’était incroyable. Il nous a dédié une chanson. Ça a été un moment fort pour tous.

  • Merci Mariame !

Pour en savoir plus,

le site de THOT, c’est ici
le livre d’Abd Al Malik, c’est ici

**Photo prise par Charity, une plateforme au service de l’engagement social