capture-decran-2016-11-15-a-18-13-33Corinne Royer, responsable de département en EOI,
Barcelone – novembre 2016

 

À travers ces entretiens, je vous propose de découvrir des acteurs du monde de l’éducation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. Ceux qui ont accepté ces échanges ont pour valeur commune la transmission de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. C’est aussi le but de cette rubrique.
Aujourd’hui, entretien avec Corinne Royer…

  • Bonjour Corinne, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis professeure de FLE en Espagne depuis la fin des années 80, depuis 1989 exactement. Je suis tombée dans le FLE par hasard, c’est assez fréquent d’ailleurs. Depuis mon premier cours de français, un cours pour des réfugiés politiques Sri lankais, la profession n’a cessé de m’intéresser. C’est ce qui m’a ensuite amenée à un Master FLE.

  • Parle-moi de ton parcours…

J’étudiais le chinois et je travaillais comme bénévole à Paris pour le Secours Catholique, je donnais des cours de français à des réfugiés. C’est comme ça que je suis entrée dans le monde du FLE.  J’ai obtenu une maîtrise de FLE à Paris 7, c’était une nouveauté à l’époque.
Mon objectif était de travailler en Chine comme prof de Français, c’est alors que j’ai rencontré mon mari et que je me suis installée en Espagne.
J’ai commencé à travailler à l’école de langues d’ESADE Business School, j’y ai appris énormément. Au bout de quelques années, j’ai fait un doctorat en didactique des langues tout en travaillant. Mon sujet de recherche était l’appropriation de la négation en contexte formel.

Un ou deux ans après mon doctorat, on m’a proposé d’être co-auteure sur une méthode. C’est comme ça que Rond-Point est né. Ça a été une excellente expérience ! dure, car il fallait écrire la nuit et donner des cours la journée, mais là encore, j’ai énormément appris. J’ai découvert le monde de l’édition que j’ignorais complètement et je ne regrette pas du tout l’aventure.

J’ai ensuite décidé de me présenter au concours pour entrer dans les EOI (Escuelas Oficiales de Idiomas). J’y travaille depuis 2006.

  • Quel est ton poste actuel, ton rôle et tes missions ?

Je suis Responsable du département de français de l’EOI de Sabadell et professeure de français.
Un de mes rôles est de dynamiser le travail des professeurs au sein du département, je travaille étroitement avec la coordinatrice pédagogique. Je veille aussi à ce qu’il y ait un programme culturel.

J’ai également en charge une partie administrative telle que la rédaction du mémoire du cours (un rapport sur les réflexions, les actions menées, les décisions prises, etc.).

Je continue à animer des formations dans les EOI. D’ailleurs, je n’appellerais pas cela « formation » mais plutôt « partage ». Je  pense la même chose à propos de mes cours de FLE : un  cours satisfaisant pour moi est celui d’où je ressors en me disant « Tiens, j’ai appris ça, et ça ». Si ce n’est pas le cas, je ne suis pas satisfaite.
Par exemple, en début d’année, j’ai besoin d’apprendre qui sont mes élèves pour fonctionner dans la classe, pour réussir à les motiver. Pour cela, je dois les connaître individuellement et le mieux possible. Ça a un effet bénéfique pour eux, ils se sentent reconnus dans leurs goûts, leurs choix, leur parcours de vie et les liens, la solidarité de groupe se construit peu à peu ; ils s’intéressent les uns aux autres et se donnent la parole. Après on en vient à leurs passions et à ce moment-là, ils te transmettent ce qu’ils savent. Quand ils sont en confiance pour partager, tout le groupe apprend beaucoup de choses et ça passe par le français.

  • Quels sont les sujets sur lesquels tu travailles actuellement ? 

En ce moment, je m’intéresse à l’autonomie de l’apprenant, à la classe inversée et au concept de PLE (Environnement d’Apprentissage Personnel). Tous ces thèmes sont liés à l’enseignement hybride. Mon ambition est de devenir inutile pour mes élèves, c’est mon rêve… arriver en fin d’année et avoir le sentiment que mon rôle n’est plus nécessaire.

  • Avec quels autres professionnels travailles-tu ? 

En ce qui concerne l’EOI elle-même, il y a très peu d’échanges, essentiellement par manque de temps. On a relégué ça aux nouvelles technologies (Moodle, drive, etc.)
Ce matin, j’ai participé à un groupe de travail avec des collègues de différentes EOI de Catalogne impliqués dans les cours semi-présentiels (hybrides). On se centre sur la  transformation de  l’apprentissage via les nouvelles technologies. Cette année, on travaille sur la manière promouvoir  les environnements d’apprentissage personnels de nos élèves. On fonctionne par petits groupes de travail, mixtes, avec des professeurs de catalan et de français.

  • Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?

Je me focalise sur la manière d’aider les élèves à développer leur autonomie, leur environnement  d’apprentissage personnel (PLE) et aux actions à faire en classe pour les guider à construire cet espace. Les enseignants se sentent  tellement inquiétés par la technologie qu’ils réagissent de deux manières: il y a ceux qui « zappent » ou encore ceux qui en font une obsession.  J’observe des collègues effrayés ou bien fascinés. Quant à mon public, il est varié (âge, catégorie socioprofessionnelle, compétences et connaissances), alors je dois aussi penser à ceux qui ne sont pas à l’aise avec les nouvelles technologies. Le PLE n’est pas forcément technologique, il doit être par définition à la portée et au service de l’apprenant qui le conçoit.

  • Comment vois-tu ton métier dans 5-10 ans ?

J’enseigne depuis les années 80, ça devient routinier… mais, ce qui change à chaque cours, ce sont les gens, les élèves. C’est dans ma relation avec mes élèves que je puise ma motivation et échappe à la routine.  Pour eux, chaque année, je modifie un peu mes pratiques et je me renouvelle pour ne pas m’ennuyer et ne pas les ennuyer.
Quand je repense à mes premiers cours et comment on enseignait alors,  je n’arrête pas d’être surprise par l’évolution. Je suis incapable de prédire comment sera mon métier dans 5-10 ans et très curieuse de voir ce qui se passera. Je ne sais pas comment j’enseignerai. Je vais actuellement dans une direction mais je ne sais pas où elle me fera aboutir,  ma profession a tellement changé depuis que je l’exerce !

  • Un mot pour te définir ?

Curieuse !

  •  Parle-moi d’une personne qui a marqué ton parcours professionnel…

Agustín Garmendía, le rédacteur de la collection Rond-Point. Sa logique, sa cohérence m’ont fait l’effet d’un électrochoc. J’ai pris conscience à quel point nous pouvions, nous les enseignants, créer un monde qui n’existait pas au moyen des consignes et de la langue qu’on faisait manipuler à nos élèves. J’ai appris alors à concevoir des activités de classe plus intéressantes pour les élèves.

  • Merci Corinne !