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Philipp Stegmann – Barcelone – novembre 2016

À travers ces entretiens, je vous propose de découvrir des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. Ceux qui ont accepté ces échanges ont pour valeur commune la transmission de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. C’est aussi le but de cette rubrique.
Aujourd’hui, entretien avec Philipp Stegmann…


  • Bonjour Philipp, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Philipp Stegmann, j’ai 41 ans, je suis marié et j’ai deux enfants. Je suis professeur de français et d’allemand en Suisse, je travaille dans une école professionnelle de commerce, auprès d’un public adolescent. Mes élèves ont entre 17 et 20 ans et sont en alternance. Leur temps est partagé entre l’entreprise et l’école ; c’est bien parce qu’ils sont plus réceptifs. Pour eux, les heures sont moins massives.

  • Parle-moi de ton parcours…

J’ai fait le gymnase puis la maturité, option économie. Ensuite, j’ai étudié le droit pendant un an, mais ce n’était pas ma voie alors, je me suis lancé dans les langues. J’ai étudié le français, l’allemand et l’anglais pour obtenir un diplôme afin d’être professeur dans le secondaire, au bout de quatre ans. En Suisse, il n’existe pas de concours national pour être professeur dans le public, ce sont des écoles pédagogiques qui forment les futurs enseignants. Avec cette formation, je pouvais devenir professeur dans le secondaire, je me suis tout de suite engagé dans une école professionnelle de commerce. Je voulais donner des cours à des ados. C’est appréciable parce qu’ils ont plus d’expérience de vie et mes élèves ont du vécu en entreprise, ce qui enrichit leurs profils et aussi les échanges en classe. Pour moi, la formation professionnelle est une vocation, j’ai beaucoup de futurs vendeurs dans mes cours et on travaille l’écriture commerciale et la communication. Ils reconnaissent l’outil qu’est la langue, ils ont envie de bien s’exprimer en français et en allemand dans un but concret : leur future vie active.
Certains de mes ados arrivent avec un « sac à dos » chargé de négatif, parce qu’ils n’ont pas réussi à entrer en filière générale, mais ils finissent par voir la plus-value de leur monde professionnel. J’essaie de les motiver, de les revaloriser et de leur montrer que c’est possible d’apprendre, même si le parcours jusque-là n’était pas très positif. Je travaille avec des films et des ressources multimédia, et c’est quelque chose qu’ils apprécient.

  • Quel est ton poste actuel, ton rôle et tes missions ?

Je suis professeur de langues (français et allemand) dans une école professionnelle de commerce depuis 15 ans maintenant. Je travaille à 80 % pour concilier vie personnelle et professionnelle. Je commence à avoir un rôle de responsable multimédia, mes collègues viennent avec leurs idées et leurs questions et on échange ensemble.
J’anime aussi des formations dans une université populaire pour adultes. Ce sont des ateliers d’informatique pour débutants (ordinateur, smartphone et tablette). Je donne également des cours de photographie et aussi un atelier « voyager avec le smartphone ». Ces cours sont souvent hybrides : je fournis du matériel à l’avance et les apprenants se préparent chez eux. Pendant la séance, on laisse la place à la pratique et aux questions. Pour moi, c’est comme un carburant, c’est très motivant, les gens sont demandeurs, c’est gratifiant.

  • Quels sont les sujets sur lesquels tu travailles actuellement ? 

En classe, je privilégie les thèmes qui intéressent les jeunes : l’avenir de leur travail, leur branche. Les ados suisses sont intéressés par les thèmes de société, la musique, un peu par la politique aussi…
J’essaie de lier l’enseignement à ma passion pour le multimédia. Ils se servent tout le temps de leur smartphone et je leur donne des ressources pour prolonger le travail en dehors de la classe, mais toujours à partir de choses qui les intéressent.

  • Avec quels autres professionnels travailles-tu ? 

Je collabore avec des professeurs, comme moi et dans mes cours du soir, j’ai un peu de tout, des gens qui changent de parcours, j’en vois souvent et les profils sont très différents, ça va de l’agriculture au commerce !

  • Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?

C’est de faire avancer des jeunes dans la vie et dans la direction qu’ils ont choisie.

  • Comment vois-tu ton métier dans 5-10 ans ?

Le français ne changera pas, l’allemand ne changera pas, peut-être l’orthographe un peu. Des appareils traduiront instantanément, mais ce ne sera pas la même chose. On va peut-être faire évoluer les méthodes pour être plus en accord avec les apprenants d’aujourd’hui mais la langue ne changera pas.
Du point de vue technologique, on peut apprendre beaucoup de choses sur Internet, mais dans les cours on apprend différemment : on a le côté social, un cadre pour travailler et apprendre, une motivation. Je pense que de plus en plus de choses se feront à la maison mais on ne remplacera pas à 100 % les cours en présence.

  • Un mot pour te définir ?

Innovation

  • Y a-t-il une citation inspirante que tu voudrais partager ?

Oui, et c’est une citation qui fonctionne pour la vie professionnelle mais aussi personnelle. En allemand, ça donnerait… Parle seulement quand on te le demande, mais vis de sorte qu’on te le demande (Ulrich Schaffer). Je m’explique : j’ai l’impression qu’on parle beaucoup pour ne rien dire, surtout au travail. On fait des réunions, tout n’est pas toujours nécessaire. Je préfère ne pas trop dire et laisser les autres demander. Je vis de sorte que si les gens s’intéressent à mon mode de vie, ils peuvent m’interroger, mais je ne leur impose pas mon point de vue.

  • Merci Philipp !