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Emmanuelle Prudhon, orthophoniste et formatrice Makaton

À travers ces entretiens, je vous propose de découvrir des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. Ceux qui ont accepté ces échanges ont pour valeur commune la transmission de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. C’est aussi le but de cette rubrique.
Aujourd’hui, entretien avec Emmanuelle Prudhon…


  • Bonjour Emmanuelle, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis orthophoniste et formatrice Makaton* et dans le domaine de l’autisme. Je fais de la formation d’adultes depuis 10 ans maintenant et je vais également intervenir à l’école d’orthophonie de Nantes.
*Le Makaton est un outil de communication pour les personnes qui ne développent pas ou pas suffisamment le langage ou qui l’ont perdu ; il utilise des signes issus de la langue des signes et des pictogrammes.

  • Parlez-nous de votre parcours…

La mère d’un ami était orthophoniste, le métier ne m’était donc pas totalement étranger. J’avais envie de travailler avec des enfants. Je ne voulais pas être enseignante, ma mère l’était, j’aimais bien son métier mais je ne voulais pas faire la même chose.
J’ai préparé le concours pour entrer à l’école d’orthophonie mais je ne l’ai pas eu la première année, je l’ai eu la deuxième. Pendant l’année de battement j’ai fait une école d’infirmière et je dois dire que ça m’a été utile.
En parallèle à ma formation, j’ai travaillé comme animatrice dans des séjours de vacances adaptées avec des adultes et des enfants handicapés. J’ai rencontré des enfants avec autisme dont une petite fille, Gwendoline, qui m’a construite en tant que professionnelle. C’est comme ça que j’ai eu envie de travailler sur l’autisme, et j’en ai fait le sujet de mon mémoire de fin d’études. Avec Gwendoline et la rencontre de différents professionnels, j’ai aussi trouvé ma famille professionnelle : l’Arapi*.
Gwendoline m’a amenée à réfléchir… chaque patient m’apprend quelque chose. J’essaie de les aider, mais eux me construisent aussi dans mon savoir d’orthophoniste et ils me donnent à réfléchir.
* Association pour la Recherche sur l’Autisme et la Prévention des Inadaptations

  • Quel est votre poste actuel, votre rôle et vos missions ?

Je suis orthophoniste avant tout même si la fonction de formatrice occupe une grande partie de mon temps.
– Sur AaD Makaton, mon rôle est de fournir des outils aux autres formatrices (ce ne sont que des femmes), de répondre à leurs demandes et de les soutenir. J’anime également des formations et des formations de formateurs.
– Dans mon travail d’orthophoniste, j’interviens plus sur de la supervision d’équipes, j’aide les collègues à créer des outils (à construire des supports de communication pour les personnes handicapées : un emploi du temps, un support adapté pour une consultation médicale, etc.).
– À l’école d’orthophonie, je suis en charge, avec une autre orthophoniste, du module sur la communication alternative et améliorée, il vise à former de futurs orthophonistes qui gagneront ainsi en assurance et en compétences.
– Je traduis également un livre sur la communication alternative et améliorée avec une autre orthophoniste.

  • Quels sont les sujets sur lesquels vous travaillez actuellement ? 

L’alimentation et l’autisme.
Les outils de communication alternative et améliorée : j’aimerais monter une formation sur la communication alternative et améliorée, mais spécifique aux personnes présentant un autisme et/ou une déficience mentale.
Actuellement, je termine un Master Littérature de Jeunesse, mon sujet de mémoire est le suivant : « Quelle littérature de jeunesse pour les enfants avec autisme utilisant le Makaton ? ».
Il existe un livre édité par AaD Makaton, conçu dans le cadre d’un mémoire d’orthophonie que j’ai dirigé. Avec des collègues, on traduit des livres, on propose les traductions en Makaton, à coller sur l’ouvrage d’origine.
Je participe aussi aux projets de l’association Idée qui propose des livres adaptés, grâce à un logiciel, pour un public en difficulté de lecture ; j’essaie de les adapter avec la traduction Makaton.
Je fais aussi partie de l’équipe du blog PONTT*, un site de partage de ressources professionnelles.
*  Partage Orthophonie Neuropsychologie Théories Thérapies

  • Avec quels autres professionnels travaillez-vous ? 

Je collabore avec des orthophonistes, des psychomotriciens, des éducateurs, des formateurs, des psychologues mais aussi des directeurs d’établissements pour adultes avec handicap, etc.

  • Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?

La rencontre avec les gens. Le public change, les interactions ne sont jamais les mêmes.

  • Comment voyez-vous votre métier dans 5-10 ans ?

Mon métier est en constante évolution, il y aura donc des changements. Les façons d’apprendre changent : la formation à distance est de plus en plus présente, les MOOCs se multiplient, etc.  La question est de trouver comment offrir à l’entourage des patients et aux professionnels, des moyens qui répondent à leurs besoins et ce, à distance ; comment développer des outils pour les personnes en situation de handicap et leurs familles, le but étant que l’entourage puisse se substituer à nous.

  • Un mot pour vous définir ?

Curieuse

  • Une personne qui a marqué votre parcours professionnel ?

Oui, un ancien collègue et ami psychiatre, René Tuffreau.
C’est lui qui m’a « titillée » au niveau des connaissances, sur le plan théorique, il m’a donné envie de lire et de me documenter.
J’ai commencé à faire de petites interventions en binôme avec lui.  Il m’a beaucoup appris et c’était un plaisir de travailler à ses côtés. C’est quelqu’un qui m’a appris par l’exemple, une personne au service des patients. Il est très droit et très éthique. Je le considère comme un mentor.

  • Merci Emmanuelle !

Pour en savoir plus,

le site d’Emmanuelle Prudhon, c’est ici
le site de l’association Arapi, c’est ici
le site de l’association Idée, c’est ici
le blog Pontt, c’est ici